Sunday, March 25, 2018

Un simple coup d’œil sur l’actualité

Cette semaine, j’ai reçu la visite de deux compatriotes qui résident en Haïti qui sont de passage à New York pour une séance de formation. Je me suis enquéri des nouvelles du pays. Ils me disent que ça va très mal. Ce que j’ai aimé chez ces deux jeunes c’est leur franchise. Ils travaillent bien comme professionnels qui ont étudié à l’étranger, mais ils ont pris le temps de se détacher de leur réalité pour me présenter la réalité du pays en grosso modo.
C’est malheureux qu’il n’y a pas de centres de recherches en statistiques ni en démographie fiables en Haïti capables de donner des chiffres et des indices permettant de se faire une idée de la réalité socio-économique. Cette semaine, la presse nationale est en panne d’informations. Les journalistes à sensation n’arrivent pas à faire de hits. C’est le calme plat. En dehors du malaise de Nawoon Marcellus, rien ne bouge sur la scène politique nationale. Je me souviens qu’après les élections législatives et présidentielles, les hâbleurs du PHTK annonçaient la couleur puisqu’ils avaient raflé presque tous les postes électifs. Ils faisaient croire que le changement drastique était pour bientôt. Le parlement siège depuis deux ans, l’inculpé président a déjà une année en selle, le pays avance à reculons. Les responsables d’état tâtonnent. Où sont passées les grandes réalisations annoncées et où sont passés les soit disant leaders de l’opposition ?
Je remarque qu’il y a de jeunes politologues qui s’agitent un peu sur les réseaux sociaux, mais je me demande si ces derniers sont conscients de leur tâche et de leur vocation. Quel est le rôle et l’utilité d’un politologue dans un pays comme Haïti où la politique s’assimile à la politicaillerie ? J’aimerais demander à mes amis virtuels Roudy Stanley Penn et Evenson J. Mc Callow de produire des réflexions en ce sens. Depuis le 7 Février 2017, on n’entend plus parler de Jude Célestin, de Maryse Narcisse alors qu’ils étaient des candidats aux dernières élections. Qu’est-ce qui explique le silence de ces gens qui mobilisaient des dizaines de milliers de gens ? Est-ce que la politique se résume à l’organisation et à la participation dans des joutes électorales ? Les politiciens qui parlent ne font tout simplement que parler pour calmer le peuple, mais tout le monde sait qu’ils sont au service de deux à trois commerçants de la place. La politique est réduite à une peau de chagrin. Quand on sait qu’un pays qui a produit un Louis Joseph Janvier, un Anténor Firmin, un Démesvar Delorme, aujourd’hui c’est une honte de voir qui l’on adresse comme leaders politiques, des hommes qui n’ont ni lecture ni écriture et qui sont de véritables analphabètes fonctionnels.
Durant le mois de Mars, des compatriotes ont été malmenés à Pédernales et à Anse-à-Pitre, aucun leader politique, aucun officiel n’est intervenu pour parler des mesures sérieuses qui seront prises sur le long terme pour permettre à Haïti d’avoir des emplois afin que ces malheureux puissent rester au pays. Plusieurs journaux de la capitale et plusieurs stations de radios font état de plusieurs hôpitaux qui ont été construits par des pays étrangers et qui ne fonctionnent pas alors que nous savons tous qu’il y a un tas de jeunes médecins qui ont été formés à Cuba et en République Dominicaine. Où en est-on avec la coopération cubaine en matière de santé publique ? Dans l’incapacité de donner des soins appropriés à la population, les spécialistes en santé publique en charge auraient pu dire à la population ce qu’ils comptent faire sur le règne de l’inculpé Jovenel Moise. Les responsables d’Etat ne font que gérer la misère. Aujourd’hui, tous les yeux sont braqués sur les juges qui sont responsables du dossier Petrocaribe. Au niveau de la société civile, on voit qu’il n’y aucune velléité de la part des grands hâbleurs d’arriver à un jugement équitable où les coupables pourront être jugés et purgés des peines.
La presse est encore une fois victime. Un jeune photojournaliste est porté disparu et l’ANMH a pris plus d’une semaine avant de sortir une note. Est-ce que le jeune journaliste a été kidnappé par des assassins ? Est-ce qu’il est encore en vie ? La PNH fait le silence plat sur ce dossier. Nous comprenons bien que ce journaliste n’a pas d’accointances politiques. Certains se demandent même qu’est-ce qu’il a été faire dans une zone de non-droit comme Grand Ravine. Depuis la fermeture de l’émission Matin Caraïbes pour restructuration, on sent un calme plat sur la bande FM. Les arnaqueurs professionnels qui se disent analystes politiques n’arrivent pas à comprendre que le peuple est à bout de souffle et qu’ils sont démasqués. En ce moment, les jeunes réalisent qu’ils sont obligés de confronter la réalité du moment. Il n’y a nulle part où aller. Je ne cesse de répéter à des jeunes m’abordent qu’Haïti a toujours été un pays d’entraide où la solidarité a fait son petit bonhomme de chemin. Aujourd’hui, chaque jeune doit se voir comme un entrepreneur, un agent de développement. Voilà pourquoi nous encourageons la mise en place d’associations et de regroupements de jeunes, la création de caisses populaires et de coopératives. Le Conseil National des Coopératives doit épauler les jeunes et faire la promotion de cet outil qu’est la coopérative et les caisses populaires qui peuvent vraiment aider les jeunes à affronter la misère chronique qui bat son plein en Haïti. C’est le moment ou jamais de faire la promotion de l’économie sociale et solidaire. Nous devons bâtir une société d’entrepreneurs.
J’encourage les jeunes durant les mois d’Avril et Mai à faire des recherches sur l’architecture et l’ingénierie sociale. Ce sont deux concepts qui peuvent aider les jeunes haïtiens à comprendre la réalité du moment et à se battre pour construire des institutions fiables pour répondre aux problèmes de l’heure. Les jeunes doivent commencer à s’organiser pour donner une réponse musclée aux politiciens qui croient toujours qu’ils ne méritent que 1000 gourdes pour exercer leur droit de vote et donner leur vote à des analphabètes fonctionnels qui ne représentent que des trafiquants de cocaïne, des blanchisseurs d’argent et des contrebandiers. La mobilisation pour 2022 doit commencer aujourd’hui. Dans plusieurs pays occidentaux, les jeunes savent damner le pion à des politiciens véreux. En Haïti, la politique ne sera jamais au service des plus vulnérables si les jeunes se complaisent dans un attentisme plat où ils croient que le bon Dieu va les libérer sans le moindre effort. Il faut prier certes, mais il faut mobiliser les ressources avant tout. Parlant de ressources, on voit avant tout les ressources humaines. Quand on considère qu’il y a des hommes qui sont élus députés à 3000 votes, les jeunes doivent réaliser qu’ils ont un levier important entre leurs mains. La mobilisation pour faire échec aux bandits légaux et aux thuriféraires doit commencer dès aujourd’hui. Nous n’avons pas de l’argent à donner à des militants pour faire des casses, mais nous avons de la connaissance et un grand savoir à partager. Il est temps de construire la masse critique pour un changement intégré.
J’encourage les jeunes à rester loin de la violence. Ces jours-ci, il y a des prophètes de malheur qui font circuler le bruit que le changement doit être obtenu dans le sang. Nous, nous disons non. Toute confrontation doit être une confrontation au niveau d’idées. Trop de sang a coulé dans ce pays. Combien de jeunes sont morts de 1980 à 1994. De 2000 à 2004, plusieurs jeunes prometteurs ont péri dans cette fameuse affaire GNB qui était un combat pour le partage de territoire de la drogue. Pauvre diable, certaines personnes qui s’étaient impliquées à fond dans ce mouvement ne savaient pas qu’ils étaient de simples cobayes entre les mains d’un manipulateur. Le changement n’est pas pour demain. La route du changement réel et véritable peut être comparée à une course marathon. On ne court pas un marathon avec une préparation d’une semaine. Il faut des mois pour se préparer. Il faut préparer son mental, mais bien son physique. Aujourd’hui, nous voulons être des coachs pour la jeunesse pour les aider dans cette préparation qui demande de l’énergie et des ressources. Les jeunes ne doivent pas apprendre pour oublier. Chaque échec d’un politicien, chaque scandale, chaque faut pas doit être considéré comme une méthode d’apprentissage. Les jeunes ne doivent compter que sur leur force. Aucun politicien, aucun dirigeant, aucun commerçant ne va lutter pour apporter le changement que nous désirons tous. Nous devons rêver le changement, et nous devons matérialiser ce changement en nous-mêmes avant de le projeter sur la scène nationale.
Celui qui ne lit pas est condamné à gober tous les mensonges et toutes les inepties des analphabètes fonctionnels. Aujourd’hui, il y a des universités virtuelles et des bibliothèques virtuelles où les jeunes peuvent apprendre. Il faut utiliser les réseaux sociaux à bon escient pour faire des échanges et des débats sensés. Le vrai connaisseur est celui qui confronte ses idées à celles des autres et qui recherche toujours le juste milieu. Tous les grands savants ont commencé quelque part. Ils ont lu un livre, deux livres, trois livres, une dizaine de livres, une centaine de livre, avant d’emmagasiner des milliers de livres dans leur boite crânienne. Il ne faut pas négliger la lecture. De même qu’il faut manger pour nourrir le corps, il faut lire pour entretenir l’âme et l’esprit. Il faut écouter de la bonne musique pour nourrir l’âme et l’esprit. Et enfin, il faut écrire pour exercer ses talents. Tout homme a cette capacité de réflexion, il faut toujours l’exercer. Nous encourageons l’entraide, la solidarité, le partage. N’ayez pas peur d’approcher quelqu’un qui est plus avancé que soit pour lui demander des conseils. Il y a des gens qui sont toujours disposés à aider les autres. Si la vie était faite d’égoïstes, d’envieux et de jaloux, nous n’aurions pas notre raison d’être. Même en Haïti, il y a des philanthropes, des mécènes et des gens qui croient dans le bien, la solidarité, la fraternité et l’entraide.
On éprouve une grande joie à conseiller ceux qui sont à la recherche de l’aide. Ne pense pas toujours à l’argent. 30 minutes de conversation avec une personne avisée peuvent changer votre vie. Dieu place sur votre chemin tout type de personnes. Il y en a qui fourniront un appui financier pour un projet ; il y en a qui fourniront des idées pour la mise en place d’un projet ; il y en a qui conseilleront sur la marche à suivre pour matérialiser le projet. Il faut savoir identifier les ambassadeurs de bonne volonté dans votre vie. Aucun homme ne peut fonctionner en vase clos et réussir. On a toujours besoin d’un autre. Ne soit pas à la recherche des nouvelles à sensations. Il faut s’atteler de manière à devenir un centre d’intérêt. Aller à la recherche de vos talents et exercer-les. Nous n’avons pas choisi d’être des éducateurs, mais l’éducation et l’école de la vie nous a choisis pour être des accompagnateurs. Un simple coup d’œil sur l’actualité à débouche sur un texte bien charpenté où les jeunes peuvent puiser de bonnes idées. Soyons des modèles pour les jeunes et les autres. Soyons une source de motivation pour ceux qui n’ont point d’espoir, pour ceux qui vivent dans la désolation. Que Dieu nous fortifie tous pour mener cette grande bataille pour la dézombification de l’âme collective haïtienne.